Mathieu, trente ans, est un acteur professionnel, « avec une fiche Allociné », qui passe plus de castings qu’il n’interprète de personnages.
Mais là, ça y est, presque, il est pressenti pour incarner un flic dans le prochain Olivier Marchal. Il lui manque juste quelques plans pour finaliser sa bande démo. Quand un pote lui propose de tenir le rôle d’un policier de la BAC dans un clip de rap, il accepte volontiers. Sur les lieux du tournage, les habitants pensent que les forces de l’ordre sont réellement attaquées par un groupe de jeunes cagoulés. Les vrais flics débarquent, constatent que l’équipe n’a aucune autorisation, trouvent de la drogue dans le coffre d’une voiture, embarquent tout le monde, dont Mathieu, en garde à vue.
Tiré d’une histoire vécue, La gardav est un premier long métrage réalisé par deux frangins dont on entendra certainement parler à l’avenir, qui confirment qu’il est possible de s’accommoder de peu de moyens pour réaliser un grand film. Tirant profit de dialogues ciselés portés par des comédiens en place, tous convaincants, la mise en scène, évitant la surenchère habituelle de portes qui claquent et de hurlements intempestifs, s’adapte au propos : décrire comment se déroule une garde à vue quand on est un individu qui n’a rien y faire, entouré de gens qui eux connaissent le principe.
Car c’est bien toute l’originalité et la prouesse de l’intrigue. Les Lemoine ont fait un film sur la banlieue et la délinquance tout en mettant de côté tous les clichés propres au genre, plutôt en s’en amusant. Pas de bons et méchants ici, des abrutis de chaque bord échangent avec des êtres humains raisonnables issus de membres de la police comme de résidents de quartiers défavorisés. Les quiproquos s’enchaînent et les mauvaises nouvelles s’acharnent sur l’acteur débutant. Les passages réalistes, donnant une véritable profondeur à l’angoisse ressentie par l’innocent, documentent sur le sujet mais l’étonnement, l’incrédulité du personnage principal et ses répliques toujours décalées font du film une comédie burlesque des plus réussies. Thomas Lemoine, avec sa bouille ronde, ses grands yeux ahuris, son jeu tout en nuances, s’avère digne d’un Buster Keaton du XXIème siècle. Toujours sur le fil au point qu’on se demande, entre deux éclats de rire, si le drame ne va pas finalement l’emporter sur la comédie, La gardav surprend jusqu’au final. Vivement le deuxième.
Marianne Peyronnet