Celine et Luke s’aiment. Du moins le pensent-ils. Du moins leurs familles et amis le pensent-ils.

 

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Puisqu’ils sont ensemble depuis des mois, autant officialiser leur union et se marier. Est-ce vraiment une bonne idée ? C’est la question que finalement tout le monde se pose au cours des semaines précédant la date fatidique, les premiers concernés y compris. On en apprend plus au fil des pages sur leur relation, leur personnalité. Luke est instable, volage, séducteur. Celine, pianiste de renom, semble n’avoir que sa carrière en tête, et ses notes de musique. Quand Luke disparaît au cours de leur cérémonie de fiançailles, les doutes concernant leur futur possible en couple s’amplifient.

Les chapitres s’enchaînent laissant la parole aux différents protagonistes, tissant une trame soulignant les multiples interactions entre tous les proches des deux tourtereaux. Rien n’est simple dans les relations humaines, surtout lorsque l’amour s’en mêle. Archie, l’ex-amant de Luke encore épris de lui et Maria, l’ex-amante de Celine, sont toujours dans les parages et ne facilitent pas leur décision. Qu’est-ce que l’engagement ? Le mariage est-il une fin en soi ? Dans quelle mesure la société, avec ses impératifs hétéronormés, ses conventions doit-elle influencer les choix des individus ?

A l’instar de Sally Rooney, irlandaise comme elle, Naoise Dolan souligne les errances éthico-philosophiques d’une génération, les trentenaires d’aujourd’hui, ballotée entre désirs de correspondre à ce qu’on attend d’eux tout en rejetant les modèles patriarcaux de leurs parents. Le supplice de l’écartèlement les guette. Celine et Luke sont capables de dire oui aux injonctions familiales qui les convainquent de se marier à l’église alors qu’ils ne croient pas en Dieu. Ils sont capables aussi de ne pas se rendre à la noce. Ni rebelles ni soumis, ils cherchent une nouvelle idée du bonheur à laquelle se plier. Comédie romantique à l’irlandaise, faite de reparties hilarantes sur l’état du monde et des sentiments de chacun et de dialogues profonds tenus par des héros perdus, The Happy Couple reprend les codes connus de la bluette pour mieux s’en écarter. Le suspense quant à l’issue du mariage est maintenu jusqu’au bout. On se désespère que les amoureux, à l’instar de Mr Darcy et Liz Bennett (Jane Austen n’a qu’à bien se tenir) succombent enfin à leur attirance sincère l’un envers l’autre, au-delà des préjugés et du jugement d’autrui. On se dit aussi qu’un amour à la vie à la mort est peut-être dans leur cas une chimère. Etre un happy couple signifie-t-il que l’histoire se finira nécessairement par un happy ending ? Rien n’est moins sûr selon l’autrice, qui plonge ici ses personnages dans un joyeux marivaudage mêlé d’un récit sur le désespoir amoureux. Nous sommes à la fois dans Quatre mariages et un enterrement et On ne badine pas avec l’amour, prouvant que le sujet, quelle que soit l’époque ou la forme sous laquelle il est abordé, n’en finira jamais de passionner.

Marianne Peyronnet