Un soir, dans le fond d’un snack où les tables collent aux coudes, en retrait des lumières éblouissantes de la ville, Joshua découvre Liz.

 

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Elle est jeune et elle pleure. Son désespoir est un aimant. Ils unissent leur solitude. D’hôtels sordides en dortoirs glauques dans des parkings, ils vivent un amour exclusif, éperdu. Ils occupent leurs jours à la recherche de quoi se nourrir, de quoi survivre. Faire la manche, voler, braquer, tuer, ils sombrent dans une spirale de violence. Leur destin est écrit d’avance.

Pour son quatrième roman, Sylvain Kermici poursuit l’exploration de l’humanité côté sombre, avec son couple de marginaux. Liz et Joshua sont de ceux que l’on croise sans les voir, sans oser les regarder. L’auteur leur donne un nom, un passé, une histoire. Il dissèque leur relation, scanne leurs âmes, et embarque le lecteur à leur suite. Les voies qu’ils empruntent, métro, squats, sont souterraines au propre comme au figuré. Leur décor est exempt de clarté, toujours pâle, gris de crasse. La folie qui les guette, à fleur de peau, juste sous les veines, manque d’exploser à chaque instant.

Les journées sont longues quand on n’a rien à faire et qu’on n’en attend rien. Le présent du texte souligne une forme de torpeur, leur futur n’existe pas. Leur passé, empli d’accidents effroyables, surgit dans leur quotidien comme autant de boulets qu’il leur faut traîner. La pente sur laquelle ils évoluent est inexorablement glissante. Leur errance change de paysages, d’arrière-cours sordides en banlieues tristes, elle n’en finit pas. Le roman, court et dense, décrit avec une acuité rare leur immersion dans une routine effroyable, belle pourtant tant qu’ils sont ensemble, avant le basculement que l’on devine. Il y a le froid, la faim, les odeurs sales. Les corps souffrent. Le sexe, présenté le plus souvent comme une violence, n’est guère un apaisement Que reste-t-il ? La brutalité de l’existence trouve son soulagement dans les actes pleins de rage que finissent par commettre Liz et Joshua.

Qu’est-ce que l’amour ? Une rencontre entre deux cœurs esseulés, cabossés, suffit-elle à prouver son existence ? Quand cesse-t-il ? Dans cette évocation d’un duo de délinquants poussés à la fureur par les circonstances et une bonne dose de pulsions autodestructrices, Sylvain Kermici propose deux portraits incarnés, mémorables, dérangeants, portés par une poésie noire, par des mots qui ne cherchent ni à embellir ni à consoler.

Marianne Peyronnet