Sara Morgan est retrouvée assassinée dans un bois non loin d’un quartier résidentiel et de l’université où elle étudiait.
Elle était en couple avec Blake Campbell qui ne tarde pas à avouer le meurtre. Malgré la sauvagerie dont il a fait preuve, il est acquitté, n’étant pas responsable de ses actes au moment des faits.
Ce n’est pas une enquête que Nicola Maye Goldberg nous propose dans son roman. La résolution de l’énigme est connue dès les premières pages et il n’y a aucun suspense à attendre du récit. L’intérêt est ailleurs. Dans la description de l’impact psychologique que peut avoir un crime sordide sur une communauté, en plus spécifiquement sur certains membres de la communauté.
Aussi l’autrice donne successivement la parole en de courts chapitres à différents protagonistes touchés par l’affaire, inspirée d’un fait divers réel, comme la femme qui découvre le corps, la mère de la victime, sa sœur… et démontre comment la mort tragique d’un individu affecte durablement ceux qui restent, contrairement à ce que le titre pourrait laisser supposer. Par une analyse fine des ressorts psychologiques à l’œuvre dans de telles circonstances, par une immersion dans les pensées des personnages, elle expose comment la violence d’un acte comme celui-là peut transformer la vie non seulement des proches mais aussi de quidams plus éloignés de Sara, révélant leur fragilité, et peut-être aussi notre propension à nous repaître du sordide.
De plus, l’événement tragique s’étant produit en 1997, Nicola Maye Goldberg se permet de mesurer les répercussions d’un tel homicide sur le long terme. Ainsi, la sœur de Sara, qui avait deux ans quand elle a été tuée, s’est construite en creux, à travers la perte de cet être que tout son entourage a idéalisé depuis. Sa personnalité s’étaye en comparaison de cette fille idéale qu’elle n’a pas connue et dont elle ne peut se détacher.
La forme du roman, originale et sans effet de manche, intrigue. La peinture de cette petite communauté se révèle délicate, réaliste et s’éloigne des jugements à l’emporte-pièce, des rapports sensationnalistes, de la violence gratuite destinée à faire vendre contenus dans nombre de thrillers contemporains. Elle permet l’introspection, la distance et n’empêche pas de questionner notre façon d’envisager la place et le sort réservés à chacun en fonction de sa classe sociale, de son sexe, permettant notamment de mesurer le chemin parcouru dans notre vision collective des féminicides.
Marianne Peyronnet
